


Questions sur l’amour de Dieu
par Jean-Joseph Surin
Desclée de Brouwer, Paris 2008, 198 p.
Il n’est guère de notre temps de rédiger un traité de l’amour de Dieu. L’époque est aux témoignages d’abord. Pourtant les conseils de Surin demeurent valables, quand il explique que les hommes ne deviennent pas saints, tant que Dieu n’occupera pas la totalité de leur cœur ou lorsqu’il conseille l’indifférence : quoi qu’il arrive, se trouver content. Dans cette indétermination il y a une très grande sagesse. Ce qui revient à ne laisser aucun lieu à la passion et à garder sa liberté intérieure.
Le jésuite Jean-Joseph Surin (1600-1665) est envoyé comme exorciste à Loudun auprès des ursulines en 1634. Quelques mois plutôt le curé Grandier a été brûlé sur la place publique pour sorcellerie, suite à la « possession » des ursulines. Après son retour à Bordeaux il tombe dans une grave dépression qui durera 20 ans. C’est après cette terrible épreuve qu’il écrit la plupart de ses livres. Quant aux Questions, le livre fut rédigé à la fin de sa vie mais ne sera vraiment édité qu’en 1930.
Surin doit être considéré comme un des grands mystiques du XVIIème siècle français et ce livre en témoigne. Dans chacun des 31 chapitres du livre l’auteur répond à une question. Le livre s’ouvre sur celle-ci : Qu’est-ce qu’aimer Dieu de tout son cœur ? Il ne craint pas de parler du sentiment de la présence de Dieu et de l’action de grâces qu’il donne. Il sait aussi marquer les limites de l’empressement et du souci pour l’autre à l’exemple de la femme pour son mari en voyage. Il conseille l’abandon à la providence de Dieu et de confier l’autre à Dieu. Nous devons avoir autant de zèle pour conserver notre paix intérieure que contre l’imperfection.
Surin a rédigé les Questions à la fin de sa vie. Pourtant le livre ne sera vraiment édité qu’en 1930. Surin est pour nous indissociable de Michel de Certeau (1925-1986), jésuite lui aussi, qui a édité son Guide spirituel (1963) et surtout la volumineuse Correspondance (1966), que Surin a entretenue surtout avec des religieuses et notamment Mère Jeanne des Anges, la supérieure des ursulines de Loudun. Ajoutons que l’interprétation de M. de Certeau – le XXVIIème comme âge d’or de la mystique - est aujourd’hui remise en discussion, notamment par l’éditeur du présent livre, Henri Laux, s.j.
Jean-Daniel Farine
Choisir, septembre 2009