


Le besoin inconscient de Dieu
par Jean François Noël
Desclée de Brouwer, Paris 2008, 253 p.
Si on voulait profiter au mieux des notions données par le Père Noël, un dictionnaire de psychanalyse devrait être consulté avant d’entrer dans son ouvrage. On pourrait se remémorer quelques définitions de base : (Le Moi, le Ca, l’espace transitionnel, projections, refoulement, identification sexuelle, etc.)
L’effort consenti nous aidera à apprécier la richesse et l’originalité du livre basé fondamentalement sur son expérience clinique comme thérapeute, sa formation théorique de psychanalyste et sa vie religieuse.
Dans la formation de notre Moi, l’importance de l’autre est considérée dans plusieurs chapitres (« la clé du Moi se trouve dans l’autre… »). L’autre qui est un sujet imprévisible (comme chaque sujet) et qui peut devenir une source de souffrance pour la constitution du Moi qui tend à une stabilité donc besoin de trouver un Autre Absolu.
L’auteur décrit 5 sortes de sexualités : la sexualité fondamentale, fantasmatique, pulsionnelle, idéale et génitale. Croire que libérer la sexualité génitale va nous rendre plus libre est un leurre. Détruire des croyances, des illusions afin de construire l’illusion d’une plus grande autonomie, c’est également une erreur. Chaque personne doit réussir au mieux une synthèse de ces 5 sorte de sexualité qui nous forment et nous habitent.
Le Père Noël rappelle la différence entre le besoin (où l’autre doit se comporter sans liberté) et le désir où on a accepté l’autre en tant que sujet en soi. On désire être avec lui parce qu’ il touche en moi une recherche d’infini et me rapproche du mystère des origines de l’être.
Le besoin est à l’origine de la croyance et le désir fonde la Foi (qui me permet d’accepter le mystère sans besoin de le mettre à l’épreuve).
Le désir fait dire à Unamuno qu’il se révolte face à l’idée que sa vie soit un saut entre 2 néants. Le sentiment religieux donne à l’être humain un sens et accepte le mystère du pourquoi de la vie plutôt que du rien. Pourquoi l’homme se sait sujet de finitude et prévoit l’infini.
Pour le Père Noël la culture (mémoire de tentatives réussies face aux problèmes) fait contrepoids à la sexualité pulsionnelle qui voit l’autre comme un objet afin que le maximum de rencontres soient ouvertes au Moi, nécessaires à son développement.
Livre à lire et à discuter.
Enrique Bermejo
Choisir, spetembre 2009