


Questions d’amour
De l’amour dans la relation soignante
Sous la direction de Eric Fiat et Michel Geoffroy
Parole et Silence, Lethielleux, Paris 2009, 224 p.
N’importe quel soignant pourrait penser qu’il sait depuis toujours que l’ amour est nécessaire à la bonne prise en charge d’un malade, ou alors , comme Monsieur Jourdain , qu’il le pratique tous les jours et qu’il n’est pas utile d’en parler. Dans cet ouvrage collectif, une dizaine de médecins, psychologues, sociologues , rassemblés d’abord autour des problèmes de fin de vie, nous prouvent le contraire.
Comme dans un recueil de nouvelles, chaque chapitre peut être lu séparément . Pour prendre quelques exemples, dans « Généalogie de l’amour en médecine » Anne-Laure Boch, chirurgien , analyse avec profondeur comment le soignant se met à aimer son patient à mesure qu’il le prend en charge, « en forgeant devenant forgeron ». Denis Oriot, pédiatre, nous parle avec une finesse et une sensibilité remarquables de l’extrême fragilité des prématurés, des malformés, des petits êtres pour qui le début de la vie est aussi la fin de vie, sans rien cacher des problèmes éthiques que pose par exemple le diagnostic prénatal. David Le Breton, sociologue attire notre attention sur l’importance du toucher dans toute relation. Jérôme Alric, psychologue, démontre que l’amour de transfert est essentiel dans la relation thérapeutique, surtout en fin de vie.
Ce qui fait l’unité de cet ouvrage, c’est une conception élevée de la médecine, et aussi les convictions chrétiennes qui explicitement ou implicitement sont partagées par la plupart des auteurs. Pourtant, et ce serait ma seule réserve, certaines tentatives d’expliquer l’amour par la philosophie ou de proposer une nouvelle théologie (avec des expressions douteuses comme « montage trinitaire ») sont moins convaincantes. Heureusement Pierre Morel, avocat, remet les pendules à l’heure en exposant judicieusement une approche chrétienne de la fin de vie. Ce livre riche et nourrissant devrait faire le bonheur de ceux qui sont passionnés par la relation soignant-soigné, en les éclairant sur la grandeur de leur tâche mais aussi sur les pièges qui les guettent ,surtout en fin de vie.
Jacques Petite
Choisir, septembre 2009