jeudi, 01 octobre 2015 14:56

Jaurès le prophète

Écrit par

Eric Vinson, Sophie Viguier-Vinson
Jaurès le prophète
Mystique et politique d’un combattant républicain
Paris, Albin Michel 2014, 312 p.

Tout le monde croit connaître Jean Jaurès, icône républicaine, qui s’impose encore - cent ans après sa mort - comme le père du socialisme français, le fondateur de l’Hu ma nité, l’historien de la Révolution française, l’in lassable combattant dreyfusard, le cham pion parlementaire de la séparation de l’Egli se et de l’Etat, le pacifiste assassiné à la veille de la Grande Guerre… Mais d’où lui venait ce souffle qui l’habitait, quel était le fondement de son humanisme et en quoi croyait-il ? Si on passe à côté de sa spiritualité, on ignorera les principes mêmes qui ont guidé son action. 
C’est donc cette « spiritualité » que les auteurs ont cherché à dégager de son oeuvre complexe, académique et militante, métaphysique et politique. Ils ont réussi à la décrire comme le moteur de l’action de Jaurès, suivie, avec verve et minutie, jusque dans les pages étonnantes qui retracent son idée - inspirée par la Suisse - d’une armée de milice et d’un peuple en armes capable de sauver la République. 
Il leur a fallu prendre de la distance avec l’anticléricalisme militant de Jaurès, respecter, sans y adhérer, sa réduction de l’Incarnation à une présence - peu réelle - du Christ dans l’humanité en marche, et saluer son combat pour la justice et la paix comme fruit de la foi révolutionnaire en l’Esprit. 
Si les auteurs ne craignent pas de présenter Jaurès comme le prophète d’une humanité « soulevée », ils ne craignent pas non plus d’écrire : « Il n’a pas vu que sa propre religion, toute spirituelle, restait bien abstraite ; qu’elle n’avait pas de corps et ne pourrait donc s’incarner dans la société ni s’y transmettre pour transformer celle-ci à long terme. » Est-ce à dire que la tâche glorieuse confiée alors au « socialisme » s’affaisse en un idéal de plus en plus éloigné des pratiques politiciennes ? Sans doute.

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