vendredi, 02 octobre 2015 07:07

Religion sans Dieu

Écrit par

Ronald Dworkin
Religion sans Dieu
Genève, Labor et Fides 2014, 124 p.

Que signifie « religion » dans ce libelle du philosophe américain ? Très exactement et exclusivement une adhésion à des valeurs qui ne procèdent ni d’un Décalogue ni simplement de l’expérience humaine codifiée à travers les âges ; des valeurs morales ou esthétiques qui n’ont ni origine divine ni origine humaine (psychologique ou sociologique) : simplement une réalité autonome, un « en soi » comme une Idée platonicien ne. Ces valeurs, par ailleurs, forment un espace de convergences, alors que la prétention à la vérité (est-elle encore une valeur ?) suscite de profondes scissions. C’est ainsi que la beauté du monde peut frapper également le croyant ou l’athée, alors que (pour citer Pascal) : « Vérité en deçà, erreur au delà des Pyrénées » ; ou, en plus américain, créationnisme contre évolutionnisme en matière d’explication de l’origine du mon de.
Je dirai que l’essence de ce petit livre - bien faible en comparaison d’autres titres de la collection Logos - est dans ce passage initial : « La part axiologique d’une religion ne dépend pas et ne peut pas dépendre de l’existence ou de l’histoire d’un dieu quelconque. » La religion selon Dworkin, en tant qu’adhésion vécue et responsable aux valeurs, permet de faire l’économie des religions instituées - de quoi voir abolies les guerres de religion. Et plutôt que de prôner les droits de l’exercice de tous les cultes, donc la liberté religieuse, il conviendrait de promouvoir l’indépendance
éthique, c’est-à-dire la libre adhésion aux valeurs garantie par l’ordre politique général, donc par la démocratie. 
On se croit revenu au XVIIIe siècle, aux aurores de l’Amérique archaïque, revisitée ici par un athéisme soft.

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