mercredi, 21 octobre 2015 09:11

Le courage d’être

Écrit par

Paul Tillich
Le courage d’être
Genève, Labor et Fides 2014, 222 p.

Ce livre magnifique, mais très exigeant, est considéré comme l’un des dix ouvrages les plus marquants du XXe siècle en ce qui concerne la reformulation du christianisme. Il a été écrit par un homme qui, après sa courageuse dénonciation du nazisme, dut quitter l’Allemagne et se réfugier aux Etats-Unis, où il mena une brillante carrière de professeur de théologie et de philosophie. Le préfacier n’hésite pas à considérer cet ouvrage comme un chef-d’oeuvre par l’ampleur et l’audace des synthèses qu’il réalise et les perspectives qu’il dégage pour faire valoir la signification de la grâce au coeur de la vie de l’homme contemporain. 
L’auteur convie comme témoins des philosophes antiques et médiévaux : Socrate, Platon, Ambroise de Milan, Thomas d’Aquin, Dante, puis Spinoza, Nietzsche et Kierkegaard. Six chapitres analysent successivement le courage, le non-être, l’angoisse, le courage d’être participant, celui d’être soi, celui d’accepter d’être accepté. 
Dans le monde antique, le sentiment du tragique de l’existence dominait la pensée et la vie. Avec la Renaissance, s’amorça un mouvement orienté vers l’avenir, laissant entrevoir création et nouveauté. Cette divergence entre l’ancien humanisme et l’humanisme moderne donna un sens différent à l’individu et permit des interprétations radicalement autres du courage. 
Quant à l’angoisse, celle de la mort, elle constitue un horizon permanent sur le fond duquel l’angoisse du destin est à l’oeuvre. Le fait que nous existions en cette période de temps et non en une autre, que nous nous trouvions ici et non ailleurs, engendre une angoisse au sujet de notre existence spatiale. Les contenus de la tradition qu’on avait admirés et aimés ont perdu aujourd’hui leur pouvoir de satisfaire. 
L’auteur développe dans un chapitre sur le courage et la transcendance, celui des Réformateurs affirmant le soi individuel en tant que tel dans sa rencontre avec Dieu. Non plus le Dieu qui juge et pardonne, mais Celui qui apparaît sous la forme d’une foi absolue, qui dit « oui », bien qu’il n’y ait de puissance particulière qui soit victorieuse de la culpabilité. Le courage d’être s’enracine, conclut l’auteur, « dans le Dieu qui apparaît quand Dieu a disparu dans l’angoisse du doute ».

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