jeudi, 22 octobre 2015 09:35

Haut Val des loups

Écrit par

Jérôme Meizoz
Haut Val des loups
Un vrai roman
Carouge, Zoé 2015, 128 p.

Un poème, un plaidoyer, une dénonciation, un manifeste ? Tout cela sans doute, mais avant tout un des livres les plus poétiques et émouvants de l’auteur, dont je ne saurais assez recommander la lecture. 
Meizoz nous avait habitués à revisiter le Vieux pays et ses clichés. Livre après livre, il réglait ses comptes avec les prisons du passé, le poids des notables, du parti et des consciences. A l’époque il n’était pas question de loups, même si les prédateurs occupaient déjà les cimes blanches. Ce dernier récit, un vrai roman, raconte les rêves généreux d’un groupe de jeunes militants écologistes, épris d’authenticité, qui contestent le culte du « Saint lobby du ciment » auquel sacrifient les promoteurs qui ont trouvé dans la beauté de la nature une source de profit. 
En février 1991, dans une station de ski, un membre du groupe, qui occupe le poste exposé de délégué du WWF, est sauvagement agressé. Violence criminelle, froide et calculée, enquête qui piétine, procès sans lendemain, dont le dossier « épais comme un roman réaliste » dort au Palais de justice, par crainte, dit-on, de pêcher de trop gros poissons qui nagent dans des eaux troubles, où confluent la politique et les affaires. Plus tard, une autre violence, une fois encore, dans une station de ski. L’étrange agression d’un enfant étranger. Appelé à la barre, un bouc émissaire, le chien de la famille, permet de classer le dossier, bientôt rouvert de l’autre côté des Alpes. Vérité en deçà, erreur au-delà, dira le philosophe ! 
Dans une somptueuse écriture, l’auteur s’applique à réconcilier Justice et Vérité. Le lien passe par le rapport à la nature : ou bien nous sommes inscrits en son sein, ou bien posés en dehors, comme des maîtres. Certains résolvent le dilemme en abattant les arbres et en battant les hommes. Deux gestes assez voisins. La clef peut-être du malaise d’une génération.

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