jeudi, 22 octobre 2015 09:52

L’Autre Dieu

Écrit par

Marion Muller-Colard
L’Autre Dieu
La Plainte, la Menace et la Grâce
Genève, Labor et Fides 2014, 112 p.

Théologienne et aumônière d’hôpital, Marion Muller-Colard se consacre aujourd’hui à l’écriture. Entrez dans son récit sur l’Autre Dieu - qui est aussi une méditation et une relecture du livre de Job - et vous en sortirez différent. Des pages magnifiques, écrites dans une langue superbe, qui ne vous lâcheront plus. 
Il y a plusieurs années de cela, l’auteur a mis au monde un deuxième fils, et celui-ci va passer des mois à l’hôpital entre la vie et la mort (il s’en sortira et dira plus tard en admirant la nature : « Pas vrai maman que tout ça, ça recommence quand on est mort »). 
Les trois mots du sous-titre (la plainte, la menace, la grâce) nous accompagnent tout au long de la méditation, ainsi que Job qui est, pour Marion Muller-Colard, une sorte de modèle. Un Job assoiffé de vérité et de justice, qui s’entête comme ceux qui n’ont plus rien à perdre... « Y a-t-il une Justice qui puisse gouverner le malheur ? », se demande l’auteure. Job y a cru et nous y croyons aussi, malgré nous et les malades qu’elle rencontre à l’hôpital et qui ont le réflexe archaïque d’interroger, face à cette justice, leur culpabilité. 
Comme le bonheur, le malheur n’est simplement pas juste. Du reste le Christ, confronté à ce questionnement : « Qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? », répond : « ni lui ni ses parents, mais afin que les oeuvres de Dieu se manifestent en lui. » 
Quand Job parle, crache sa plainte, il convoque ce Dieu inconnu du fond de son malheur, et la parole est salvatrice. Dans son flux, elle ne permet plus aucune fixation. Son cri est son premier acte de foi libre. Jésus, lui, a payé de sa vie d’avoir fait voler en éclat les enclos de religiosité qui contraignait son Dieu immense à n’être que le pauvre signataire d’un contrat. 
Après ce long parcours, Marion Muller-Colard se réjouit de la réponse que Dieu lui a faite. Une réponse qui l’a éveillée à une foi d’adulte.

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