vendredi, 23 octobre 2015 09:41

Dire la guerre, penser la paix

Écrit par

Frédéric Rognon (dir.)
Dire la guerre, penser la paix
Genève, Labor et Fides 2014, 442 p.

Il est toujours difficile de parler d’un ouvrage collectif, ici les Actes du Colloque international de Strasbourg (14-16 mai 2012), sans passer sous silence des choses importantes et des auteurs méritants. Ce gros ouvrage, dont Frédéric Rognon est le savant architecte, se compose de quatre parties : les guerres du passé et actuelles, le problème de la guerre juste, la paix à faire, l’éducation à la paix et à la réconciliation. 
Lourd programme qu’introduit Frédéric Rognon (philosophe de la Faculté de théologie protestante de Strasbourg) par un bienvenu résumé de l’ensemble puis par une typologie de la paix (largement empruntée à Bruno Arcidiacono) selon différentes modalités du maintien de la paix : des plus impériales aux plus sociétales. On trouve une réplique à ce catalogue dans la typologie des conflits établie par le Gal Thonier. 
De Patrice Buffotot, « les interventions européennes de 1945 » rappellent l’actualité persistante des conflits, ce qui justifie et impose la question centrale de la seconde partie : peut-on encore parler de guerre « juste » ? Alors que Pierre Hassner parle des dilemmes et des paradoxes qui obèrent la question, Christian Mellon expose avec soin l’évolution de la doctrine catholique à ce sujet. 
L’apport le plus proprement théologique marque la partie consacrée à la non-violence, avec une exégèse de Luc conduite par Daniel Gerber, et une forte réflexion éthique de Jean-Marie Müller. Défilent alors les noms de Gandhi, d’Eric Weil, de Levinas. « Ainsi ce que nous enseignent les philosophes, c’est que pour l’homme en quête de sens, la question de la violence n’est pas une question philosophique parmi d’autres, mais qu’elle est la question première de la philosophie et qu’il n’y a pas d’autre réponse à cette question que la non-violence. » 
La philosophie, terminons par là, est plus immédiatement présente que la théologie : je note Hobbes, Pascal, Hegel, Kant, Rousseau, Hannah Arendt. Guerre et paix restent choses bien ancrées dans l’humain, mais placées sous la trop lourde responsabilité de l’homme.

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