mercredi, 28 octobre 2015 13:38

La crise ? Quelle crise ?

Écrit par

Jean-Marie Brandt
La crise ? Quelle crise ?
Préface de Paul Dembinski,
Genève, Slatkine 2015, 266 p.

Son expérience de banquier, puis de haut fonctionnaire dans un service fiscal, permet à Jean-Marie Brandt une approche très pugnace de la crise. Le lecteur trouvera sans doute un peu « besogneux » les efforts de l’auteur pour classer les événements récents (de juillet 2007 jusqu’au 25 janvier 2015) dans des catégories morales (confiance, vérité, souveraineté, solidarité). Par ailleurs, certaines analyses paraîtront difficiles pour les non-initiés. Cependant, l’essentiel se découvre avec bonheur : la crise est le moment où les experts ne savent plus quoi dire (chacun y va de ses affirmations péremptoires mais contradictoires) et elle reflète le « colonialisme financier » qui, allié à la banalisation des valeurs, laisse le champ libre au cynisme tant individuel qu’étatique. 
Est épinglé, à juste titre, le culot des Etats-Unis d’Amérique, contraignant leurs partenaires
à honorer des réglementations financières et fiscales dont eux-mêmes se dispensent. La pratique d’un sain discernement est certainement l’apanage de l’auteur, qui a compris que les libertés, notamment la liberté d’expression, sont limitées par le respect que l’on doit à chacun. La palinodie de l’épisode Charlie Hebdo est justement épinglée. Ce qui touche indirectement la sphère financière qui doit beaucoup à l’art de la communication. L’éthique proprement financière n’apparaît malheureusement qu’en filigrane. (La rémunération du risque doit aller à celui qui prend le risque. Cela n’a pas été le cas, d’abord aux Etats-Unis, ce qui a contribué à l’expansion de la crise actuelle.) 
Enfin - et c’est mon principal regret - n’est guère analysé le lien entre la culture égocentrique, justement dénoncée, et l’élargissement de l’espace économique générateur de risque et véritable ressort de la puissance financière.

Lu 546 fois